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Baya, magie et merveilles | Humanité


Dotée d’une imagination débordante, elle est connue pour ses femmes-oiseaux, ses femmes-fleurs ou ses femmes-poissons aux couleurs éclatantes et aux formes gracieuses. Un éclat d’émeraude profonde, de rose chaud, de jaune scintillant et de violet somptueux. Les critiques diront que « la jeune femme avait découvert par elle-même ce que la peinture occidentale venait de mettre soixante ans à faire éclore » . L’histoire de Baya, au talent précoce et étonnant, pourrait s’apparenter à un conte de fées.

Dans son attirail de merveilles, potions et sortilèges rivalisent secrètement pour lui avec les extraits de parfum de Mille et une Nuit. Je parle pour promouvoir un premier et sur ce premier, Baya est reine.André Breton

Née Fatma Haddad en 1931, orpheline à l’âge de 5 ans, elle a été élevée par sa grand-mère, employée comme servante dans une ferme horticole. Elle ne va pas à l’école, mais elle passe du temps à modéliser des animaux fantaisistes de la terre et de l’eau et d’étranges figures féminines. De quoi attirer l’attention de la sœur du propriétaire, Marguerite Caminat, entrée dans le monde artistique. C’est ainsi que de passage à Alger, le galeriste et mécène Aimé Maeght découvre les premières œuvres de l’adolescent. Il souhaite immédiatement l’exposer dans sa galerie à Paris. André Breton, qui préface le catalogue de l’exposition, écrit en 1947 : « Dans son attirail de merveilles, potions et sortilèges rivalisent secrètement pour lui avec les extraits de parfum de Mille et une Nuit. Je parle pour promouvoir un premier et sur ce premier, Baya est reine ».

Comme un Matisse inspiré de la tradition picturale orientale

Baya n’a pas 17 ans, ses aquarelles rencontrent un grand succès, notamment auprès des surréalistes, fascinés par le monde magique et l’univers féérique de l’artiste. Le magazine vogue lui consacre en février 1948 un article élogieux, sous la plume d’Edmonde Charles-Roux. On compare son style à celui d’un « Matisse que la tradition picturale orientale aurait inspiré ». Lors de son séjour en France, Baya côtoie de nombreux artistes, dont Georges Braque.

Icône CitationQuand je peins, je suis heureux, je suis dans un autre monde.Baya

Aimé Maeght la reçoit dans l’atelier Madoura à Vallauris (Alpes-Maritimes), où elle passe des étés à créer des massages et à révéler l’étendue de son talent et de son imagination. Son travail impressionne Picasso, aux côtés duquel elle réalise, au cours de l’année 1949, une série de poteries, céramiques et gouaches sur papier. Certaines d’entre elles ont été exposées au Musée de la Céramique Magnelli à Vallauris en 2013.

Baya refuse de mettre une étiquette sur son style

De retour en Algérie au début des années 1950, son mariage avec le musicien Mahfoud Mahieddine, de près de trente ans son aîné, marque le début d’une longue parenthèse dans sa carrière et sa vie publique. Il a fallu dix ans, avec l’indépendance du pays et l’acquisition par le musée des beaux-arts d’Alger de certaines de ses œuvres, pour que Baya reprenne ses pinceaux.

Elle ne les lâchera pas jusqu’à sa mort, à 66 ans, en novembre 1998. « Quand je peins, je suis heureux, je suis dans un autre monde », confie-t-elle au fur et à mesure que sa palette s’élargit et mûrit. Son univers reste féminin, mais elle ajoute des fruits fusionnant avec des instruments de musique, ses compositions jouent avec les symétries, ses arabesques gagnent en liberté.

Art naïf, contemporain, surréaliste ou brut ? Baya refuse d’attacher une étiquette à son style. Plusieurs de ses œuvres sont conservées à la Collection de l’art brut à Lausanne, en Suisse. Elle a exposé à Alger, Paris, Marseille, New York, en Belgique, dans le monde arabe et deux fois à la Fête de l’Humanité. Certaines de ses oeuvres sont conservées au Musée National des Beaux-Arts d’Alger, au Musée des Arts Décoratifs et à l’Institut du Monde Arabe à Paris, au Musée d’Art de Sharjah aux Emirats Arabes Unis, au Musée Arabe d’Art Moderne de Doha au Qatar et le Musée national du Mali.

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