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Avenue de l’Esplanade |  Des biens vétustes mis en vente


Après des années de batailles, de poursuites et d’efforts désespérés de la Ville, la saga des édifices patrimoniaux de l’avenue de l’Esplanade, face au parc Jeanne-Mance, tire peut-être à sa fin. Le propriétaire a finalement décidé de vendre ses deux propriétés.

Posté à 5h00

Avenue de l’Esplanade |  Des biens vétustes mis en vente

Suzanne Colpron
La presse

Cette solution arrive malheureusement trop tard pour l’un des deux bâtiments, qui a dû être démoli en 2019 car il risquait de s’effondrer. L’autre, dans un état de délabrement avancé, sera peut-être sauvé.

Les deux propriétés, acquises en 1978 par Guy Desrosiers, ont été mises en vente lundi au prix de 2,4 millions sur la plateforme Landerz, spécialisée dans la commercialisation de terrains à potentiel de développement immobilier.

Avenue de l’Esplanade |  Des biens vétustes mis en vente

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Bien que dans un état de délabrement avancé, le bâtiment qui n’a pas été détruit pourra peut-être être sauvé.

Situés au 4403-4423, avenue de l’Esplanade, entre l’avenue du Mont-Royal et la rue Marie-Anne, ils font partie d’un ensemble architectural élégant, composé d’immeubles centenaires, pour la plupart de grands triplex, qui jouissent d’une vue sur le parc et le mont Royal.

C’est le courtier immobilier Simon G. Boyer qui a convaincu M. Desrosiers de lui confier la vente de ses propriétés.

C’est une bonne opportunité d’investissement, mais il faut quelqu’un qui soit très compétent dans ce type de développement.

Simon G. Boyer, courtier immobilier

Cette saga n’est pas du même genre que les histoires de « renovictions » largement dénoncées ces dernières années. Il s’agirait plutôt d’un propriétaire têtu et négligent qui s’enliserait dans un cercle vicieux où plus le temps avançait, plus le projet immobilier dont il rêvait devenait impossible.

L’épée frappe dans l’eau

Comment se fait-il que les nombreux avis de non-conformité aux règlements municipaux, constats d’infraction, mises en demeure et procédures d’injonction entrepris depuis 1984 n’aient pas pu produire de résultats? Est-ce parce que la Ville a manqué de fermeté ? Ou était-ce parce qu’ils n’avaient pas les outils pour faire face à des problèmes de non-conformité comme ceux-ci ?

« Je pense que c’est un peu les deux », répond Alex Norris, conseiller du Plateau-Mont-Royal. « Il y a eu un manque de fermeté par le passé. »

Nous avons hérité de ce dossier lors de notre première élection à la tête de l’arrondissement, en 2009, et les bâtiments étaient déjà dans un état de détérioration avancé. Il y avait aussi des problèmes stratégiques.

Alex Norris, conseiller du Plateau-Mont-Royal

Reste que les mesures prises par la Ville au fil des ans ont été autant de coups dans l’eau.

Déjà, en 2008, les autorités avaient érigé un périmètre de sécurité sur le trottoir pour empêcher l’accès à l’un des deux bâtiments. C’est ce bâtiment, dont l’arrière s’était en partie effondré, qui a dû être démoli à l’été 2019, après avoir été abandonné pendant deux décennies.

Avenue de l’Esplanade |  Des biens vétustes mis en vente

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

L’un des bâtiments, dont l’arrière s’était partiellement effondré, a dû être démoli à l’été 2019.

Quant à celui qui est toujours debout, le propriétaire, qui occupait l’appartement du rez-de-chaussée, a été expulsé par la police et l’immeuble a été barricadé. C’est pourquoi le courtier immobilier ne peut pas le montrer en raison du risque d’accident.

Règles strictes

L’acquéreur devra respecter des règles très strictes édictées par le Ministère de la Culture et des Communications : reconstruire les façades telles qu’elles étaient à l’origine, respecter les volumes et l’emprise au sol des deux anciens triplex. Les pierres grises de la façade du bâtiment démoli ont été prélevées, numérotées et stockées dans un conteneur au sol pour leur réutilisation. « La disposition des bâtiments doit être respectée, mais il est possible de modifier les élévations et de prévoir 6 à 8 logements intéressants par bâtiment », est-il précisé dans la proposition de vente.

Les futurs bâtiments, d’une superficie totale de 10 979 pieds carrés, devront abriter de deux à huit logements chacun, conformément au règlement municipal.

« Ce sera à l’acheteur de faire l’évaluation avec un conseiller en patrimoine et un ingénieur en structure de ce qui peut être conservé et de ce qui ne peut pas l’être, précise le courtier, M. Boyer. Il va falloir deux rapports professionnels : un rapport de l’ingénieur en structure et un rapport d’un consultant en patrimoine. »

C’est un beau projet à réaliser sur un site exceptionnel, mais il faudra un acquéreur soucieux de redonner du prestige à cette bâtisse.

Simon G. Boyer

Les offres d’achat « sans condition avec preuve de fonds et transaction sous 15 jours » seront acceptées jusqu’au vendredi matin, 10 h.

Pour le conseiller Alex Norris, la vente du terrain et du triplex est une « excellente nouvelle ».

« Monsieur. Desrosiers a fait preuve d’une grande négligence dans l’entretien de ses immeubles, comme on l’a vu, croit-il. Donc, le fait qu’il soit en vente est une bonne nouvelle. Mais, quel que soit le propriétaire, nous continuerons à surveiller de près l’immeuble, qui est toujours debout, et nous continuerons à suivre le dossier de très près. Nous, nous voulons qu’il y ait une reconstruction à l’identique. »

2002 : Année où les bâtiments de Guy Desrosiers sont déclarés patrimoine. La même année, la Ville tente, sans succès, de les acquérir afin de les rénover et de les revendre.

2013 : Année où le bâtiment situé au 4413-4423, avenue de l’Esplanade, a été jugé irrécupérable par la Ville.



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