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Au Pays basque, la libération des prisonniers de l’ETA cristallise encore les tensions

Une journée de désobéissance civile emblématique de l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix. Ce samedi 23 juillet, les Bake Bidea et Artisans de la paix, deux organisations civiles engagées pour la libération des prisonniers du groupe séparatiste basque Euskadi Ta Askatasuna (ETA, « Pays basque et liberté », en basque) appellent au blocage de la région. Cette mobilisation intervient deux jours après le refus du parquet de Paris de se prononcer en faveur des demandes de libération conditionnelle de Ion Parot et Jakes Esnal, deux prisonniers basques âgés de plus de 70 ans, incarcérés depuis 32 ans pour leur appartenance au commando itinérant de le Votre.

Le préfet des Pyrénées Atlantiques a décidé vendredi d’interdire les rassemblements et annoncé le déploiement de 250 policiers et gendarmes pour « prévenir les blocages ». Émilie Martin, l’une des animatrices du collectif de défense des droits des détenus basques et détenus Bagoaz, a réitéré sa détermination à alerter « l’injustice causée par l’Etat par son indifférence à la situation de moisur Parot et Jakes Esnal, et donc même sur le processus de paix ».

Régime d’exception pour les détenus basques

En 2011, l’ETA, organisation fondée en 1959 sous la dictature du général Franco, a déposé les armes, mettant fin à quarante ans de violences à l’origine de plus de 800 morts de part et d’autre de la frontière franco-espagnole. . Depuis, « l’Etat espagnol et l’Etat français n’ont pas changé leur politique anti-terroriste pour accompagner cette institutionnalisation de l’ETA » analyse le professeur de sociologie à l’Université du Pays basque, Eguzki Urteaga (1). Ce n’est qu’en 2017 que des pourparlers réguliers ont été organisés entre le ministère de la Justice et une délégation d’élus et de représentants de la société civile réclamant la fin de la « régime exceptionnel des prisonniers basques ».

Cette année-là, alors que l’ETA remettait l’intégralité de son stock d’armes aux autorités, le gouvernement français choisit d’accéder à la demande de transfert d’une dizaine de prisonniers basques vers les prisons du sud-ouest de la France. « Nous pensions alors nous diriger vers la fin du régime pénitentiaire d’exception des détenus basques. Deux concessions majeures avaient été faites : le retrait du statut de détenu particulièrement signalé à la plupart des détenus basques et le regroupement de ces détenus dans les prisons de Mont-de-Marsan et de Lannemezan.se souvient Eguzki Urteaga.

Des faits « d’extrême gravité »

Depuis, la France a interrompu sa politique de normalisation, provoquant la frustration des Artisans de paix qui voient se succéder les refus d’aménagement de peines de la part des magistrats antiterroristes.  » LLe parquet national antiterroriste reste attaché à une position systématique et politisée, qui consiste à dire que chaque détenu purgera sa peine jusqu’aux derniers jours », gronde la présidente de Bake Bidea, Anaiz Funosas. Les décisions « incompréhensible » pour Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne et président de la communauté d’agglomérations du Pays basque, qui souligne que ces demandes de libération conditionnelle ont néanmoins « à chaque fois, fait l’objet d’un avis favorable du tribunal de l’application des peines ».

Contacté par La Croixle Parquet national antiterroriste (Pnat) rejette « toute forme de harcèlement » et assure « de procéder à un examen concret des faits, en tenant compte du caractère criminel des faits, de l’évolution de la personnalité de l’auteur, de la réalité des victimes, mais aussi de l’état de santé des détenus. » Le Pnat précise en outre que « dans le cas d’Ion Parot, les faits sont d’une extrême gravité puisqu’il a été impliqué, pendant neuf ans, dans un commando terroriste qui a commis 22 attentats, tuant 17 dont 6 enfants et en blessant plus de 200 ».

Le risque d’une radicalisation de la jeunesse basque

Reste que la pression des corps intermédiaires est forte au Pays basque. Selon Eguzki Urteaga, « il y a un très large consensus qui va de la gauche nationaliste basque aux républicains pour demander la libération conditionnelle » de ces deux prisonniers. De nombreuses personnes craignent une détérioration de l’état de santé en détention de Ion Parot et Jakes Esnal. « La perspective que ces détenus puissent sortir de prison dans un cercueil est insupportable pour une jeunesse basque qui n’a pas vécu le conflit »indique Jean-René Etchegaray, qui alerte sur « un risque de radicalisation ».

De son côté, Anaiz Funosas de Bake Bidea considère que  » la libération des prisonniers est une condition préalable à un exercice de compréhension du passé, seule garantie d’une paix durable au Pays basque ».

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