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Au Japon, les bases militaires américaines d’Okinawa font toujours polémique

« Je ne suis pas d’humeur à faire la fête aujourd’hui », a lâché Jinshiro Motoyama. En grève de la faim depuis une semaine, ce militant de 30 ans manifeste depuis une semaine devant différents ministères à Tokyo. Alors que le Japon célébrait, dimanche 15 mai, le 50e anniversaire de la restitution de l’archipel d’Okinawa par les États-Unis, la grogne sur le terrain reste vive, car près de 70 % des forces militaires américaines (55 000 soldats) présentes dans le pays sont basées là.

Les nuisances de ces bases n’ont jamais été atténuées

« Ces bases américaines causent d’énormes nuisances à Okinawa », explique Akiko Yamamoto, professeur de droit à l’université de Ryukyu à Okinawa, qui précise qu’elle ne peut même pas enseigner pendant les manœuvres « à cause du bruit des avions ». Le ressentiment contre les bases y a longtemps été alimenté par de multiples incidents : pollution sonore et environnementale, crash d’hélicoptère et agressions sexuelles, dont le viol d’une fillette de 12 ans par des soldats américains en 1995.

→ RELIRE. Au Japon, Okinawa ne veut pas de base américaine

« Rien n’a été fait depuis plus de vingt ansconfirme Shinsuke J. Sugiyama, ancien ambassadeur du Japon à Washington lors d’un colloque à Tokyo organisé par le quotidien conservateur Yomiuri. La concentration des troupes est trop forte, mais l’armée américaine ne comprend pas le défi que cela représente pour les habitants d’Okinawa. »

Si l’occupation américaine du Japon prit fin en 1952, sept ans après la défaite japonaise, il fallut encore vingt ans pour que les îles d’Okinawa, théâtre d’avril à juin 1945 d’une sanglante bataille qui fit près de 200 000 morts de part et d’autre, reviennent à le pli japonais.

A partir du 15 mai 1972, la population n’utilise plus le dollar américain et ne conduit plus à droite. À l’époque, cela ressemblait à une grande victoire pour le Japon, qui retrouvait sa souveraineté sur ce territoire du Pacifique. Mais depuis vingt ans, la colère des habitants se cristallise autour de la base aérienne de Futenma et de son transfert : surnommée la « la base la plus dangereuse du monde », du fait de sa présence dans un quartier résidentiel de l’île principale d’Okinawa, il doit être transféré à Henoko, lieu moins densément peuplé plus au nord, alors que la population souhaiterait qu’il soit déplacé hors de la préfecture.

Okinawa est la plus pauvre des 47 préfectures du Japon.

Okinawa (1,4 million d’habitants), où la présence militaire américaine ne représente que 5 % des revenus annuels, est aussi la préfecture la plus pauvre du pays (sur 47), avec un taux de pauvreté des enfants avoisinant les 30 %, soit plus du double de la moyenne nationale. « Le décalage est flagrant, dénonce l’ancien gouverneur de la préfecture Keiichi Inamineet, depuis la pandémie de Covid, l’archipel a vu des revenus touristiques (80% de ses ressources, ndlr) s’effondrer. » Les responsables locaux affirment que le déplacement de certaines bases militaires hors d’Okinawa libérerait de l’espace pour des activités qui pourraient augmenter les revenus en attirant plus de touristes, par exemple.

Malgré cette douloureuse réalité historique et les inégalités sociales actuelles, le destin d’Okinawa restera encore longtemps lié à la présence de bases américaines. « Le comportement agressif de la Chine contre nos îles Senkaku, les menaces nucléaires de la Corée du Nord et récemment l’entrée en guerre de la Russie contre l’Ukraine nous conduisent à renforcer notre système de défense, analyse Hitoshi Tanaka, directeur de l’Institut de stratégie internationale du Japan Research Institute à Tokyo. Le Japon ne peut pas se défendre et les bases américaines ne peuvent pas être réduites. » Toutes ces inquiétudes concernant les ambitions territoriales croissantes de la Chine dans la région seront sans aucun doute au menu de la visite du président américain Joe Biden au Japon le 22 mai.

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