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Armée républicaine irlandaise : 10 questions pour comprendre le fonctionnement de l’IRA


1. L’IRA existait-elle avant le conflit en Irlande du Nord ?

Oui. L’Armée républicaine irlandaise (IRA), née à Dublin, au cœur du soulèvement indépendantiste de Pâques 1916, s’est officialisée après la victoire du parti républicain Sinn Féin aux élections de 1918. Elle a ensuite participé à la guerre civile de 1922. , suite au traité anglo-irlandais prévoyant la séparation de l’Irlande en deux pays. « L’IRA reste un cas unique, entre un parti politique et une organisation armée », résume Agnès Maillot, auteur de L’IRA et le conflit nord-irlandais (éd. Presses universitaires de Caen, 2018). Décimée en 1945 après une collaboration infructueuse avec l’Allemagne nazie, elle se reconstitue lors des affrontements de plus en plus violents entre communautés catholiques et protestantes à la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, de 1956 à 1962.

2. Pourquoi la violence s’est-elle installée dans les rangs ?

L’IRA, initialement unie, s’est en fait scindée en deux branches. Après les affrontements de Derry/Londres- derry à l’été 1969, à la suite d’une marche de protestants dans un quartier catholique, les murs de la ville sont recouverts du slogan  » IRA = je me suis enfui (« IRA = je me suis enfui »). L’organisation était considérée comme incapable de défendre les catholiques. Sa direction se partage alors entre action politique et lutte armée. La rupture était irréversible. Deux entités s’affrontent alors : l’IRA officielle, prônant la mobilisation politique, et l’IRA provisoire, dont la ligne de conduite est plus dure : la destruction du système anglo-nord-irlandais et la réunification de l’île. Au fur et à mesure que le conflit progressait, cette branche armée a fini par prendre le relais, puisque l’IRA officielle a disparu en 1972.

3. Comment l’Armée républicaine irlandaise était-elle organisée sur le terrain ?

De manière très structurée. De la scission, l’IRA provisoire a conservé la hiérarchie militaire historique de l’organisation. Ce corps a élu sept officiers à un Conseil de l’armée, dont l’autorité reposait sur des brigades contrôlant une ville ou une région. « Belfast, par exemple, appartenait à une brigade composée de trois bataillons, qui regroupait sept compagnies », explique Roger Faligot, auteur de La Résistance irlandaise, 1916-2000 (éd. Terre de brume, 1999). Mais l’infiltration incessante d’agents britanniques provoque une restructuration en 1977. Les compagnies sont remplacées par des cellules isolées composées de seulement quatre membres. Cagoulés, la plupart ont gardé leur anonymat. Si un membre d’une cellule était démasqué par les Britanniques, il n’avait aucune information sur ses frères d’armes… Une organisation opaque qui rendait difficile le travail du MI5, les services secrets britanniques. Par ailleurs, « chaque cellule s’est spécialisée dans un domaine précis, comme les financements, les attentats ou les braquages », ajoute Agnès Maillot.

4. Quels étaient ses chiffres au plus fort de la guerre civile irlandaise dans les années 1979 ?

Les chiffres sont encore difficiles à établir. Tous les historiens s’accordent à dire que l’organisation a connu un afflux de bénévoles après la Bloody Sunday, la fusillade qui eut lieu le dimanche 30 janvier 1972 à Derry/Londonderry, où quatorze manifestants furent tués, pris pour cible par des parachutistes de l’armée britannique. Roger Faligot pense que l’IRA provisoire comptait cette année-là 2 500 membres actifs et 3 000 réservistes. Dans les années 1980, l’armée républicaine comptera moins de membres, mais plus de professionnels, qui ont notamment développé une expertise dans le domaine des attentats. « Une attaque coordonnée dans le centre-ville de Derry ou de Belfast a été décidée au plus haut niveau de la hiérarchie », explique Roger Faligot.

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5. D’où vient l’impressionnant arsenal de l’Irish Republican Army ?

Principalement de Libye. Au début du conflit, l’IRA s’appuyait sur les réseaux d’armes des immigrants irlandais aux États-Unis. Mais à partir de 1972, l’organisation paramilitaire veut frapper plus fort. Pour se procurer des armes lourdes (mitrailleuses, fusils d’assaut Armalite ou Kalachnikov, missiles solaires, lance-flammes), elle s’est alors tournée vers la Libye de Mouammar Kadhafi. Le 30 octobre 1987, des douaniers français interceptent, près de l’île de Batz, en Bretagne, un cargo en provenance de Tripoli se dirigeant vers l’Irlande du Nord. A bord : 150 tonnes d’armes, et cinq Irlandais, membres de l’IRA. Jusqu’en 1982, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) fournissait des lance-roquettes, une arme très prisée pour le combat urbain. Parallèlement, l’IRA développe son savoir-faire dans la fabrication de bombes.

6. Qui a financé l’IRA ?

Sans argent, l’IRA n’aurait jamais pu faire la guerre pendant vingt-neuf ans. Ses ressources provenaient principalement des réseaux financiers de la diaspora irlandaise vivant aux États-Unis. David O’Connell, l’un des rares membres connus du Conseil de l’armée de l’IRA, débarque à New York au printemps 1970 avec pour mission d’activer les transferts de fonds des industries irlandaises établies aux États-Unis. « Un réseau de financement basé sur le crime organisé, allant de l’extorsion à l’enlèvement en passant par le cambriolage, s’est également développé », souligne Agnès Maillot. Les besoins des guérilleros étaient en effet très grands. Selon les estimations du général britannique James Glover, en charge des troubles nord-irlandais de 1970 à 1987, l’IRA provisoire aurait dépensé, au cours de chaque année du conflit, 950 000 livres sterling, soit plus d’un million d’euros.

7. Était-il considéré comme un groupe terroriste à part entière ?

Oui et non. Dès 1974, Londres place l’IRA sur la liste officielle des organisations terroristes. Initialement limitée à une peine de cinq ans de prison, la peine pour soutien ou appartenance à ce « groupe interdit » a été rapidement doublée par les autorités britanniques. En revanche, l’Armée républicaine irlandaise n’était pas inscrite sur les listes officielles des groupes terroristes en Europe et aux États-Unis. Il n’en demeure pas moins que l’organisation fut responsable d’un grand nombre de morts pendant le conflit, de 1969 à 1998. Dans l’œuvre collective Vies perdues (éd. Mainstream, 2007), les journalistes co-auteurs de cette enquête ont estimé le nombre de victimes pendant la guerre civile à 3 636 personnes. Parmi ceux-ci, 1 771 auraient perdu la vie à cause de l’IRA.

8. Pourquoi a-t-elle fini par signer les accords de paix du Vendredi saint en 1998 ?

Déclenché par Dublin et Londres dans les années 1990, le processus de paix a forcé les républicains catholiques et les unionistes protestants à ouvrir le dialogue. Le rapport était en effet sans appel : le conflit s’enlisait. Après d’interminables négociations, l’IRA a décidé d’un cessez-le-feu en 1997, avant d’accepter l’accord de paix du Vendredi saint. Un geste surprenant. Voyant que la solution armée était une impasse, l’IRA a préféré s’engager dans une voie politique en donnant aux élus du Sinn Féin la possibilité de siéger au Parlement de Westminster, ce qui était l’une des clauses de l’accord de paix. . « La proposition de créer des institutions irlandaises représentait, pour l’IRA, une étape symbolique vers une Irlande unie », décrypte Lison Ducastelle, auteur de L’IRA provisoire, de la violence armée au désarmement (éd. Presses universitaires de Caen, 2019).

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9. L’IRA a-t-elle été désarmée à la fin du conflit ?

Non. Alors qu’elle avait refusé le principe du désarmement lors de l’accord du Vendredi saint, elle s’est engagée, malgré tout, à en discuter un an plus tard. Le 6 mai 2000, l’armée républicaine a accepté que ses dépôts d’armes soient inspectés par une commission internationale indépendante. Cinq ans plus tard, Gerry Adams, président du Sinn Féin, lui demande alors de prendre une « initiative courageuse ». Le 28 juillet, l’IRA a ordonné à ses volontaires de cesser toute activité et de détruire toutes les armes. Ainsi, elle a quitté la scène militaire la tête haute. « L’IRA a réussi l’exploit de transformer son désarmement en victoire. Le mythe républicain semblait se nourrir de son action, aussi meurtrière soit-elle par le passé », analyse Lison Ducastelle.

10. Que reste-t-il de l’IRA aujourd’hui ?

Comme le phénix, oiseau mythique qui renaît de ses cendres, il revient à la vie. En 2015, Georges Hamilton, chef de la police d’Irlande du Nord, a créé la stupéfaction en affirmant, après l’assassinat d’un ancien soldat britannique, que certaines structures de l’IRA existaient toujours. Une présence invisible confirmée, en 2019, par un attentat à la voiture piégée à Derry/Londonderry. Action revendiquée par une organisation appelée… New IRA. Ce nationaliste nouveau-né reprend le projet initial de l’armée républicaine : mettre fin à l’autorité britannique en Irlande du Nord. Et le Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne le 31 janvier 2020, a rebattu les cartes. « La frontière entre les deux Irlande est désormais une douane entre l’Europe et le Royaume-Uni, explique Agnès Maillot. Et de conclure : « Bon nombre d’Irlandais, au sud comme au nord, pensent que la solution serait de réunifier l’île pour qu’elle devienne partie intégrante de l’Union européenne. Pain béni pour l’IRA.

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