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Divertissement

« Après 40 ans, je suis convaincue que je ne serai plus actrice »


A 36 ans, Anaïs Demoustier a une filmographie aussi longue que celle d’une personne deux fois plus âgée. Une cinquantaine de films, autant de rôles variés : une jeune prostituée, un policier… Dans « Le temps d’aimer », la dernière pépite de Katell Quillévéré, elle incarne une femme étonnamment moderne pour cette période complexe d’après-guerre. Elle a eu un enfant avec l’ennemi et les temps ne lui pardonnent pas. Demoustier incarne Madeleine dans quatre étapes de sa vie avec une force impressionnante, justifiant le César de la meilleure actrice qu’elle a reçu en 2020. Mais après une séance photo au Carmen, un club parisien, elle met pour le moment son travail de côté, une rencontre qu’il préfère à avoir au bistro d’en face. A propos d’un mélange. Ou deux…

Fête parisienne. « The Time to Love » parle du tabou ultime de la maternité : ne pas aimer son enfant. Comment ce rôle est-il joué ?
Anaïs Demoustier.
Il m’était difficile de comprendre le rejet de Madeleine à l’égard de son fils. Mais sa vie a commencé par l’humiliation, ce moment terrible où elle a été tondue. Lorsqu’il est avec son fils, il lui rappelle constamment cette honte. Elle ne peut pas l’aimer avec insouciance. Et, en même temps, il a pris la décision de le conserver, pas de l’abandonner. Ça fait plaisir de voir un film où la mère n’est pas exemplaire. Et c’est très rare au cinéma.

Je pensais que quand tu avais un enfant, tu te transformais complètement, tu devenais une autre personne… J’ai compris que tu es toujours toi-même.

Anaïs Demoustier

Vous êtes vous-même maman d’une fille de 7 ans. Est-ce que cela a pu influencer votre perception de votre personnage ?
Complètement. J’étais persuadée qu’un jour on se réveillerait et on se dirait : « Ça y est, je me sens prête à être maman. » Pas vraiment. Je pensais que lorsque nous avions un enfant, nous étions complètement transformés, nous devenions une autre personne… J’ai compris que nous étions toujours nous-mêmes, avec nos doutes. Donner naissance et soutenir un enfant en pleine croissance procure une force immense. Remettez les priorités à leur place. Ma fille m’impressionne constamment. Être proche d’elle me nourrit.

Comment élever un enfant dans le monde du cinéma ?
Je fais en sorte de la connecter le moins possible à ma vie professionnelle, pour qu’elle ait une enfance normale. Je pense que je suis une mère plus présente que certaines qui ont un métier qui les fait finir très tard. Elle est habituée à mon rythme, c’est la seule chose qui la différencie de ses amies. Elle va à l’école, je vais la chercher, elle a des activités extrascolaires. Il est important qu’elle ait sa vie, son chemin. Puissiez-vous choisir ce que vous voulez faire et ne pas vous laisser contaminer par mon travail. Parfois, il voit mon visage sur les affiches et dit : « Oh, tu es là ! C’est tout.

Ma fille pensait que mon travail consistait à regarder des films sur le canapé. Journaliste, enfin !

Anaïs Demoustier

Est-ce qu’elle comprend ce que tu fais ?
Elle n’est pas encore en âge de voir mes films… Quand elle était toute petite, nous avons tourné une scène d’« Alice et le Maire » dans un parc. Je lui ai dit : « Tu vas rentrer à l’appartement et te coucher et je vais aller travailler. » Elle m’a demandé : « Mais pourquoi devons-nous aller au parc ? Il n’y a pas de canapé. « Elle pensait que mon travail consistait à regarder des films sur le canapé. Journaliste, enfin ! (Elle rit.)

La suite après cette annonce.

Emmanuelle Devos vous l’a dit un jour : « Les journaux vous parleront de vous. » Que vous a dit Madeleine sur vous ?
Cela m’a éclairé sur la force que je peux avoir à ressentir ce personnage, son incapacité à se plier ou à se conformer. C’est une femme profondément indépendante qui ne se permettra jamais de mentir. Je la sens droite, solide dans ses envies. Et je sens que j’ai aussi cette solidité.

J’ai de plus en plus de difficultés avec des choses très grossières. C’est l’âge, peut-être

Anaïs Demoustier

Dans le film, vous êtes mariée à Vincent Lacoste. Est-ce difficile de filmer des scènes de sexe avec un proche ?
C’était un peu gênant. Mais après avoir ri deux ou trois fois, il faut se lancer ! C’est beaucoup plus facile avec quelqu’un que vous connaissez et en qui vous avez confiance qu’avec un gâteau au hasard. Savoir qu’il n’y a pas d’ambiguïté entre nous m’a énormément calmé et nous a beaucoup aidé à lâcher prise, à s’ouvrir. Les scènes étaient hyper-chorégraphiées et mettaient en scène les nombreux problèmes entre les personnages. Le problème avec ces scènes, c’est qu’elles sont gratuites et ne servent à rien…

Ce serait difficile de travailler avec quelqu’un comme Abdellatif Kechiche, alors…
Aujourd’hui, je ne pouvais pas. J’ai de plus en plus de difficultés avec des choses très grossières. C’est l’âge, peut-être. C’est difficile de participer physiquement, c’est vraiment attractif. Il faut croire à l’histoire du film…

Depuis que je suis comédienne, j’ai l’impression que j’attends de faire autre chose.

Anaïs Demoustier

Au contraire, aimeriez-vous travailler dans une comédie conventionnelle ?
Beaucoup. Pourquoi pas avec Éric Toledano et Olivier Nakache ? J’ai adoré tourner « Situation amoureuse : c’est compliqué » de Manu Payet. Revenir avec lui me ferait très plaisir. J’ai aussi joué avec Quentin Dupieux. Un cinéaste assez singulier mais qui continue de faire de la pure comédie. Chez lui je retrouve le plaisir de mon enfance quand je faisais des fake news avec mes amis, quand je m’habillais et imitais mes professeurs. C’est quelque chose de très basique, de très simple, pas du tout cérébral. Et c’est ce qui m’a donné envie de devenir actrice.

Vous avez remporté le César de la meilleure actrice en 2020 pour votre rôle dans « Alice et le Maire ». Est-ce que ça vous a aidé ?
Cela m’a donné confiance. Depuis que je suis actrice, j’ai l’impression d’attendre de faire quelque chose de plus. J’ai toujours le sentiment, lorsque je joue dans un film, que ce sera peut-être mon dernier. Ce César m’a permis de confirmer que c’était bien mon métier. Il y a aussi ce côté très enfantin, très juvénile d’avoir le sentiment d’être entré dans ma télévision. Je me souviens des propos que ma mère et moi avions tenus avant la cérémonie… Et l’objet a encore quelque chose de comique. Même maintenant, quand je le vois, ça me fait rire. Il est sur ma nouvelle étagère, un peu plus haut, pour ne pas le présenter directement aux gens.

Anais Demoustier pose au café Carmen.  Paris, FRANCE-13/11/2023

« Pendant longtemps, j’ai semblé beaucoup plus jeune que mon âge. Je voulais vraiment jouer des mères et des personnages plus matures. »

Paris Match / © Vincent Capman

Avec quel réalisateur aimeriez-vous collaborer ?
Ryusuke Hamaguchi, Joachim Trier, Hirokazu Kore-eda ou encore Nanni Moretti. Ce sont tous des cinéastes étrangers, donc c’est un peu difficile pour eux de penser à moi. L’Asie me fait plus rêver qu’Hollywood. Je m’en sens tellement loin que je n’y pense même pas. C’est un monde à part, comme Disneyland. Je pense que c’est complètement déconnecté de ma réalité.

Après 40 ans, je suis convaincue que je ferai autre chose et que je ne serai plus actrice.

Anaïs Demoustier

Qui pourriez-vous jouer dans le biopic ?
J’adorerais jouer une chanteuse française comme Françoise Hardy ou France Gall. J’aimerais évoluer vers des rôles de femmes fortes, faisant autorité et puissantes. C’est quelque chose qu’on ne voit pas chez moi, mais qui est quand même très présent ! La légèreté et le sourire niais qui peuvent me caractériser disparaissent, je commence enfin à en avoir un peu marre…

Les actrices jouent moins entre 45 et 55 ans. Elles sont trop vieilles pour jouer aux mères ou trop jeunes pour être grand-mères. Cette échéance vous rend anxieux?
Pendant longtemps, j’ai paru beaucoup plus jeune que mon âge. Je voulais vraiment jouer des mères et des personnages plus matures. J’ai l’impression qu’au fil du temps j’accède à des rôles plus denses, comme celui de « Time to Love ». Mais après 40 ans, je suis persuadée que je ferai autre chose et que je ne serai plus actrice. J’y pense tout le temps. Ça commence à se rapprocher, il va falloir que je me dépêche…

Qu’est-ce que tu aimerais faire?
Écrire. Commencez des projets, peut-être réaliser un film. Pour l’instant, c’est trop vague…

Chanter ? J’aimerais beaucoup. J’y pense depuis un moment

Anaïs Demoustier

La musique peut-être ? Vous avez déjà chanté avec Benjamin Biolay.
J’aimerais beaucoup. J’y pense depuis un moment. Je n’aimerais pas redevenir interprète comme je le suis en tant qu’actrice. Il va falloir que je trouve le temps d’écrire mes chansons. J’ai dû prendre des cours de chant opéra pour réparer un problème avec mes cordes vocales. Le professeur a été vraiment surpris car j’avais une voix très puissante par rapport à la taille de mon corps. Cela m’a permis de ressentir quelque chose que je n’avais jamais vécu auparavant.

Vous avez été président du jury de la Caméra d’Or à Cannes cette année…
Cette expérience était fascinante. Nous vivons hors du temps, nous avons la tête au cinéma. J’étais très heureux de remettre ce prix à « L’arbre aux papillons d’or ». Je l’ai même revu à sa sortie. Je suis convaincu que Pham Thien An fera de grands films. Par contre, un soir, j’étais assis à une table non loin de Leonardo DiCaprio. C’est une folie ! Cela m’a fait rêver toute mon enfance. C’est le seul acteur que j’ai collé sur les murs de ma chambre. Je ne lui ai pas parlé du tout, mais il était là…

Aujourd’hui, la participation est limitée aux publications Instagram. Mais ce n’est pas un engagement.

Anaïs Demoustier

Quelle femme admirez-vous le plus ?
Ma mère est incroyablement forte et généreuse. Elle sera très heureuse de me lire…

Le monde artistique a fait preuve d’un silence surprenant après les attentats du 7 octobre en Israël. Qu’en penses-tu ?
Le problème est qu’aujourd’hui la participation se limite aux publications Instagram. Mais ce n’est pas un engagement. Je suis convaincu que vous devriez vivre votre vie de citoyen dans votre propre coin et faire les choses que vous considérez comme importantes. Nous sommes tous politiquement conscients, mais une actrice n’a pas besoin d’être la représentante publique d’une cause qui l’intéresse ! On se retrouve parfois à donner la parole à des acteurs qui ne sont pas suffisamment informés sur un sujet et qui disent n’importe quoi… Cela nuit même aux causes. Je n’ai pas de réseaux sociaux, je me protège de tout ça. Si je veux sortir et défiler dans la rue, je le fais mais je ne le dis pas.


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Gérard Truchon

An experienced journalist in internal and global political affairs, she tackles political issues from all sides
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