Skip to content
« Allez-vous parler de capoeira ?  »


La saison des événements bat son plein. Comme de nombreux week-ends depuis plusieurs mois, j’ai participé à trois jours de cours de capoeira, ce que l’on appelle des « baptêmes ». Cette semaine, nous sommes en Seine-Saint-Denis, et de nombreux enfants ont reçu leur nouvelle corde. Mais j’avais la tête un peu ailleurs, il fallait que j’écrive cette chronique. Petite pause entre deux entraînements, je prends mon ordinateur et m’installe pour travailler dans une petite salle du centre de loisirs qui nous accueille.

Deux enfants de 9 ans jouent à proximité et se demandent ce que je fais. Je réponds que je suis journaliste et que je dois écrire un article. « Allez-vous parler de capoeira ? » demande le petit garçon. J’aimerais bien… Mais je lui explique que j’avais prévu de parler du fiasco de la finale de la Ligue des champions, non loin de chez moi, la semaine d’avant. Les violences policières qui s’abattent sur les supporters du Stade de France ont scandalisé et ridiculisé la France aux yeux du monde entier. A deux ans des Jeux Olympiques, on aurait pu imaginer une meilleure publicité. Je voulais expliquer que les autorités ont désigné des jeunes de banlieue (il faut comprendre entre les lignes, des non-blancs) comme boucs émissaires. Ils auraient tenté d’accéder à un événement qui ne leur était pas destiné et auquel ils n’avaient pas les moyens d’assister.  » Ce n’est pas juste « , dit le petit, d’origine tunisienne. On désigne toujours le même . « Et même en tant que musulmans, ils sont toujours accusés, comme pour le terrorisme », il continue. À 9 ans, la stigmatisation et le racisme façonnent déjà sa vision des rapports sociaux inégalitaires dans lesquels il vit. La petite fille y va aussi avec son anecdote. Elle veut me raconter l’histoire de son copain Abdoulaye, qui vivait dans un hôtel social. Suite à un incendie, il a dû être déplacé. Mais très loin de l’école, dans une autre ville. Il ne peut venir qu’une ou deux fois par semaine. Et il lui manque « Il est super sympa aussi ».

Je voudrais leur dire que le fiasco du Stade de France est d’autant plus scandaleux que les habitants de Seine-Saint-Denis subissent de plein fouet les dommages collatéraux du site olympique. Nuisances sonores et pollutions, travaux dans tous les sens, perturbation des transports en commun et du quotidien des habitants, pollution, gentrification et décès sur les chantiers… la liste est longue. Mais ils le savent déjà.

De plus, le quartier dans lequel nous nous trouvons est éventré par les travaux d’extension du métro et le développement du tramway. Quelques minutes auparavant, dans la même rue, j’avais rencontré une dame qui partait à pied après avoir attendu en vain son bus. Il avait encore changé de route. « L’arrêt change toutes les semaines en ce moment », répéta un monsieur. Je ne parlerai pas de capoeira.

New Grb1

Toutes les actualités du site n'expriment pas le point de vue du site, mais nous transmettons cette actualité automatiquement et la traduisons grâce à une technologie programmatique sur le site et non à partir d'un éditeur humain.