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Algérie. Le quotidien El Watan menacé de fermeture


Le quotidien algérien francophone El Watan continuera-t-il à apparaître ? Officiellement, cette fermeture serait le résultat d’une situation financière difficile. Le journal est privé de publicité (celle-ci, institutionnelle, est entièrement confiée à l’Agence nationale de l’édition et de la publicité), ses comptes bancaires sont bloqués et il est en redressement fiscal.

Les 150 employés du titre (journalistes, administrateurs, ouvriers) n’ont pas touché leur salaire depuis près de cinq mois. « Nous avions décidé de tout faire pour pérenniser l’entreprisesouligne Salima Tlemçani, secrétaire générale du bureau syndical (affilié à l’Union générale des travailleurs algériens, UGTA) de El Watane, contacté par téléphone. Mais ce n’est plus possible. Les familles ne s’en sortent plus. »

Le fisc a bloqué les comptes

Depuis mars dernier, tous les comptes de la Société de presse (SPA) sont bloqués suite à des litiges avec le fisc et la banque CPA. La direction demande l’établissement d’un échéancier d’apurement de ses dettes. Pour l’instant, ça bloque. Les travailleurs ont déjà organisé deux grèves. « Si rien ne se passe d’ici dimanche, nous ferons une grève illimitée »prévient Salima Tlemcani.

Sur le site 24hdz.com, Mohamed Tahar Messaoudi, directeur de publication deEl watan, et membre fondateur de la SPA, expliquait le 20 juillet : « La situation que nous vivons actuellement est liée à la volonté des pouvoirs publics de nous mettre sous une énorme pression fiscale. Pendant la pandémie de Covid, le journal n’a reçu aucune aide publique contrairement à d’autres entreprises. »

L’administration fiscale ayant bloqué les comptes, les salaires ne peuvent être versés. « Elle prend de l’argent sur nos comptes. Si aucune mesure n’est prise pour desserrer l’étau, le journal se dirige vers la fermeture définitive »il prévient.

Dernier bastion de la presse libre

Symbole de cette presse libre née au lendemain des manifestations d’octobre 1988 (tout comme le matin et Liberté), El Watan créé, en partenariat avec le quotidien arabophone Al Khabar, ses propres imprimeries à Constantine (Est), Oran (Ouest) et Alger. Par ailleurs El Watan avait quitté l’iconique et historique Maison de la presse pour construire son propre siège social. L’une des imprimeries a été incendiée en février 2019.

Au-delà des problèmes financiers, la question est politique. Le matin a disparu, tout comme Liberté, qui a fermé en avril. Al Khabar pourrait suivre. « Nous ne supportons pas que d’autres voix contrecarrent le discours officiel ou que des opposants puissent s’exprimer librement et critiquer l’action du gouvernement »dénonce Mohamed Tahar Messaoudi. « Nous restons le dernier bastion des débats contradictoiresexplique Salima Tlemcani. Sous Bouteflika et pendant les années de terrorisme, c’était épouvantable. Mais maintenant, ils utilisent les ressources de l’État contre nous, pour nous contraindre à la faillite. C’est très pernicieux. »

Un journaliste algérien, qui préfère rester anonyme, raconte Humanité: « Les pouvoirs publics veulent revenir à la situation d’avant octobre 1988 avec la suppression du dernier carré de liberté. »

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