Airbnb condamné à payer une amende record de 1 385 000 euros

P.De par son ampleur, c’est une décision qui pourrait faire sensation au-delà des côtes de l’île d’Oléron. Dans une décision du 16 avril 2024, le tribunal judiciaire de La Rochelle a condamné Airbnb à verser 1 385 000 euros à la Communauté de Communes insulaire (CdC) pour des manquements liés à la perception de la taxe de séjour en 2022. Une décision. ..

P.De par son ampleur, c’est une décision qui pourrait faire sensation au-delà des côtes de l’île d’Oléron. Dans une décision du 16 avril 2024, le tribunal judiciaire de La Rochelle a condamné Airbnb à verser 1 385 000 euros à la Communauté de Communes insulaire (CdC) pour des manquements liés à la perception de la taxe de séjour en 2022. Une décision d’exécution provisoire connexe.

Moins d’un an après avoir déjà condamné la multinationale basée en Irlande pour le même défaut de recouvrement en 2021 à 30 000 euros d’amende, la justice passe la vitesse supérieure. Arguant « la répétition des manquements » de cet « acteur majeur au chiffre d’affaires de 8,4 milliards de dollars en 2022 » de nature à justifier « l’imposition d’une amende civile fixée à 10 fois le montant du sursis fiscal concerné » (près de 140 000 euros).

Depuis trois ans, la collectivité locale mène une bataille judiciaire contre les protagonistes du marché de la location entre particuliers, suite à un changement de régime de perception des logements non classés résultant d’un changement de législation : « Jusque-là, les propriétaires payaient la taxe de séjour. à l’intercommunalité, avec l’inconvénient que certains ne déclarent pas leurs locations. Depuis 2020, c’est aux plateformes numériques de le récupérer auprès des touristes », rappelle Joseph Hughes, directeur général des services à la CdC.

« Grave et alarmant »

Problème : les quatre géants du secteur n’ont pas répondu de la même manière à la demande de transmission des dossiers clients pour la période de perception fiscale s’étendant de fin juin à début septembre. Si Abritel a contacté la communauté, Booking, Leboncoin, Airbnb sont désormais en litige, avec une procédure plus avancée pour ces derniers. Contrainte de communiquer ses listings, la multinationale a payé 400 000 euros pour 2020 et 2021 et 137 000 euros en 2022 : outre des retards de paiement, une méthode de calcul était entachée d’erreurs, avec des déductions effectuées sur les dates de réservation et non de location.

Autant d’erreurs qui ont conduit à l’audience, le 13 février 2024, de Me Jonathan Bellaiche, l’avocat du CdC d’Oléron, pour exiger une amende de 5,8 millions d’euros, montant maximum autorisé (soit 2 500 euros multipliés par les 2 344 séjours enregistrés). « Il est grave et alarmant qu’un leader mondial de l’hébergement touristique ne puisse pas correctement déclarer, verser et percevoir sa taxe de séjour. Cela devrait alerter les pouvoirs publics», estime M.e Bellaiche, tandis qu’Airbnb juge cette décision « disproportionnée et en contradiction avec une récente décision du même tribunal de La Rochelle ». Il s’agit de l’amende de 30 000 euros, une décision non définitive : le recours de la CdC (elle avait demandé 30 millions d’euros) sera jugé en septembre à Poitiers.

En attendant de régler ses comptes, la petite commune n’a apparemment rencontré aucun problème pour percevoir la taxe de séjour 2023. « Nous sommes désormais respectés », glisse Joseph Hughes.

Quitter la version mobile