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Agriculture : contracter au lieu de globaliser


Dans un précédent article, nous rappelions que la production de graines de moutarde en Bourgogne était passée de 12 000 tonnes annuelles en 2016 à 4 000 tonnes en 2021, alors que les besoins annuels de la filière locale sont estimés à 16 000 tonnes. 2016 a été l’année de l’entrée en vigueur du CETA, l’accord de libre-échange signé entre la Commission européenne et le Canada. A partir de cette date, les industriels français producteurs de moutarde augmentent les importations de graines du Canada au détriment de la production régionale un peu plus chère. Nous citons les propos d’un producteur de graines de moutarde en Bourgogne selon lequel « l’industrie française n’a pas droit aux insecticides utilisés au Canada » pour protéger cette plante contre les ravageurs, ce qui réduit les rendements en Bourgogne et fait subir aux producteurs français une distorsion de concurrence à au profit des Canadiens.

Après deux années de sécheresse au Canada, le prix des graines importées de ce pays continue d’augmenter pour les producteurs de moutarde de Dijon. Dans le Loiret, à Fleury-les-Aubrais, la petite entreprise Martin-Pouret, qui produit aussi de la moutarde et transforme des cornichons, a choisi depuis 2015 de conclure des contrats de trois ans avec des agriculteurs locaux pour atteindre 100 % d’approvisionnement. en graine de moutarde avec un prix garanti pour ceux qui la cultivent. Ces derniers mois, la part de la moutarde dans le chiffre d’affaires de l’entreprise est passée de 30% à 50%. Par conséquent, on parle d’augmenter les contrats avec les producteurs locaux.

Donner du sens à la souveraineté alimentaire

Il faut aussi favoriser ce type de contrat pour réduire les importations d’autres semences, à commencer par le sarrasin, les lentilles, les pois chiches, les haricots secs et les fèves, dont la production reste déficitaire en volume, faute de prix tenant compte des coûts. de fabrication. C’est aussi le meilleur moyen de renforcer notre « souveraineté alimentaire », qui s’énonce désormais dans la fonction officielle du ministre de l’agriculture.

Si la réduction de la consommation annuelle de viande par habitant doit également intervenir pour freiner le réchauffement climatique, la fixation d’un objectif de consommation annuelle de 7 à 8 kg de légumineuses par an et par habitant contre moins de 2 kg actuellement doit également conduire à une augmentation de la production de légumes protéines. Inciter les consommateurs à consommer des légumineuses deux à trois fois par semaine et contractualiser la production dans leurs zones de culture traditionnelles aurait le double avantage de renforcer notre souveraineté alimentaire et de réduire l’empreinte carbone de notre assiette en diminuant progressivement la consommation moyenne de viande. par habitant. Ajoutons que la sécheresse qui frappe l’ensemble du pays cette année va renchérir durablement le prix de revient de chaque kilo de viande et de chaque litre de lait en raison d’un manque d’herbe dans les prés, conséquence de la hausse des prix de céréales dont les rendements baissent.

Dans les pages « Vie pratique » de l’hebdomadaire « La France Agricole » du 17 juin, un article de Catherine Yverneau était intitulé « Les légumineuses s’invitent à table ». En voici quelques extraits : « Inciter le consommateur à cuisiner les légumineuses autrement que dans le traditionnel cassoulet ou saucisses aux lentilles, tel est l’enjeu de la campagne « Une idée de légumineuses ! « . Les lentilles, les haricots secs, les pois cassés, les fèves etc. devraient, selon le « Programme National Nutrition Santé », trouver leur place deux fois par semaine dans nos assiettes », a ajouté notre confrère, faisant état d’une campagne de promotion à l’initiative de la Fédération Nationale des Légumineuses.

Réduire l’empreinte carbone de notre assiette

Le mois de juin 2022 nous a laissé des images d’orages de grêle qui montrent à quel point le réchauffement climatique est devenu un danger majeur pour les générations futures. Les incendies en cours en Gironde et ailleurs en sont une autre illustration. Manger plus de légumineuses riches en protéines végétales réduit l’empreinte carbone de notre assiette quotidienne. Ces légumineuses ont aussi la particularité de capter l’azote de l’air par leurs racines pour en faire un engrais, ce qui réduit l’utilisation d’engrais azotés dont la production est gourmande en gaz. Les herbivores ruminants émettent beaucoup de méthane lors de la digestion, tandis que les porcs et les volailles consomment beaucoup de céréales. La culture de ces céréales est précédée d’un labour, émetteur de CO2 et coûteux en carburant.

Certes, il est plus facile de commander sur internet un hamburger-frites avec du boeuf haché, le tout livré par un coursier sous-payé, que de cuisiner un plat de lentilles et bacon chez soi ; surtout lorsque vous passez beaucoup de temps à discuter sur les réseaux sociaux. Mais l’empreinte carbone de notre assiette quotidienne n’est pas du tout la même. Mieux vaut en être conscient maintenant.

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