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À Marciac, Diana Krall chante mezza voce

Honneur aux femmes ! Deux chanteurs ont lancé le festival de jazz de Marciac (Gers), vendredi 22 juillet. Renouant avec les grands spectacles après deux ans de disette provoquée par la pandémie de Covid-19, les organisateurs de ce grand rendez-vous jazz estival ont confié à Dominique Fils-Aimé puis Diana Krall avec pour tâche de chauffer le vaste chapiteau et ses milliers de spectateurs. Opération réussie avec ces deux grands artistes du Canada, aux registres bien différents.

La musique comme espoir

Grande silhouette toute de blanc vêtue, coiffure sophistiquée, Dominique Fils-Aimé commence par des tempos lents, pour créer une intimité, une bulle d’émotions, de vibrations, de couleurs, sous l’immense édifice en toile. Originaire d’Haïti, elle présente la musique comme une source d’énergie positive, d’empathie, de partage et d’espoir. Ses quatre musiciens – « mon groupe montréalais », précise-t-elle – créent un riche univers électroacoustique dans lequel se niche sa voix. Puissante ou murmurée, rugueuse ou étiolée, elle trace des tourbillons sonores ou devient soudain le moteur de l’ensemble.

Impossible de s’ennuyer dans cette première partie composée de courtes séquences. Dominique Fils-Aimé et son groupe multiplient les ruptures d’univers rythmiques et harmoniques, les changements de trajectoire mélodique. Musique d’un monde complexe, riche d’apports multiples, d’une société universelle à préserver face aux périls du moment. Précisant sa démarche, la chanteuse québécoise appelle à « une révolution ancrée dans l’empathie ». « We will be the change », scande-t-elle – en anglais – avant de conclure par un hymne gospel dédié à sa grand-mère, « I got joy like a river in my soul ».

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Le décor change avec Diana Krall dans la seconde partie. L’artiste mondialement connue ne semble vouloir se distinguer au sein de son quatuor que par sa longue robe rose. Assise au piano, elle dirige ses excellents complices – Robert Hurst (contrebasse), Karriem Riggins (batterie) et Anthony Wilson (guitare) – d’une voix magistrale, soucieuse de son art plus que de communiquer avec le public.

Un timbre unique dans le jazz

La star canadienne a un cachet unique dans le monde du jazz. Un son minéral, écru, sans apprêt. Ce vendredi soir, à Marciac, il n’exploite pas sa puissance. Sur des airs de ballades ou sur quelques standards, elle semble préserver sa voix et trouver son bonheur plutôt dans ses doigts de pianiste et dans les nombreux solos du virtuose Anthony Wilson. L’heure n’est pas au spectacle, mais à l’expression maîtrisée d’un art où les quatre musiciens s’écoutent, se répondent, se portent, s’éclipsent, dans une ambiance de club de jazz.

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Le public de Marciac a pu apprécier, s’ébrouant notamment pour réclamer deux rappels à Dominique Fils-Aimé. Le chapiteau n’était pas plein, comme si les festivaliers hésitaient encore à venir, une prudence qui s’observe lors de nombreux événements cet été. La chanteuse québécoise a évoqué cette période d’entre-deux, où les artistes se demandent si le public sera au rendez-vous. « Nous avions peur qu’Internet gagne », a-t-elle expliqué. « Mais, clairement, non ! « . Dimanche soir, une autre grande voix a rendez-vous sous le chapiteau, Melody Gardot.

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